13.11.2007

AU CHAT QUI LOUCHE -1- INTRO

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Quand elle entra dans l’appartement de Laurence, la fraîcheur de la pièce la surpris.

Inhabité depuis leur rencontre, plusieurs mois s’étaient écoulés et  tout semblait s’être figé.

Peu de meubles, leur modernité tout aggravait cette impression détestable que Greg avait ressenti dans ces appartements contemporains quelle appelait ‘Les Vitrines’.

 

Pas de plantes, pas de chat, pas de miettes, pas de chaussures qui traînaient dans un coin, pas de cheminée, rien, en un mot « pas de vie ».

L’odeur fade et froide de l’absence s’était installée.

 

Elle s’approcha ouvrit les fenêtres et poussa tous les volets pour chasser l’obscurité et laisser entrer l’air du printemps. La chambre, la salle de bain, elle ouvrit tout en grand.

 

Elle était attachée malgré elle à toutes ces choses qui les avait vues ensemble.

Il lui fallait les choyer pour ne pas abîmer les quelques souvenirs qu’elles lui offraient.

 

Elle revint vers la cuisine, ouvrit un placard, mis de l’eau à chauffer et se prépara un thé.

Puis, elle choisi un disque et s’installa dans la chaise club rouge.

 

Mais alors que la musique commençait à filtrer, le fracas de la fenêtre de la chambre la fit sursauter.

 

Elle se leva d’un bond.

 

Dans la chambre, l’air s’était engouffré vers la salle de bains et le dessus de lit avait glissé.

Au mur, le tableau de Lempicka était penché et Greg s’approcha pour le remettre en place.

 

Mais rien n’y fit, il était impossible de le faire tenir droit.

Elle le décrocha du mur.

 

L’accroche tableau était tordue.

Elle essaya de le redresser, mais..., avec un couteau, peut être...

 

En l’emportant vers la cuisine, elle sentit quelque chose sous ses doigts.

Entre la toile et les montants du tableau, des feuilles de papier étaient coincées.

 

Greg les fit glisser vers l’intérieur.

 

Une écriture torturée s’étalait devant elle.

 

Elle posa le tableau sur le canapé avant de s’y asseoir, les lettres à la main.

 

L’espace d’un instant elle eut envie de les remettre à leur place.

 

L’air frais la fit frissonner et l’arrêta presque; mais elle le savait, il y avait des moments où il était impossible de revenir en arrière.

 

Il s’agissait sûrement de vieilles lettres de Sophie, car Greg la reconnaissait, cette écriture perturbée, tracée à l’encre noire était la sienne.

 

Elle prit la première feuille.

Il n’y avait pas de date et elle commença à lire.

 

 Juste pour le plaisir d’occuper un peu plus ton esprit.

 Parce que toi comme moi savons que personne ne peut s’immiscer entre nous.

Parce que ta voix au téléphone ne me suffit déjà plus.

Tu m’as quitté depuis deux heures et j’ai toujours ton odeur sur moi.

J’attends pour prendre ma douche;  toujours un peu plus, jusqu’au dernier moment.

 

Rien n’est plus intense que ces minutes que nous leurs arrachons.

 

Ton plaisir est ma certitude.

Ton avidité m’exaspère et m’est indispensable.

 

J’écris mon désir de toi, et rien ne m’en libère, mais je sais qu’il en est de même pour toi, et c’est ce qui me permet de résister encore.

 

Combien de temps peux-tu rester sans nous ?

 

Combien de temps peux-tu la laisser te toucher sans que tu ais besoin de moi?

 

La violence de ma faim n’a pas de limite, tu m’appartiens quoiqu’il advienne.

J’attends déjà de t’avoir contre moi pour pouvoir te posséder encore et toujours.

 

Tes roses se fanent sans toi.

 

S.»

 

Greg était figée, nerveusement elle déplia la suivante.

 

Bruxelles, 23 heures

 

 

 

La pluie, ces kilomètres qui nous séparent et ta douceur aux pourceaux.

Je suis folle de colère, dix fois j’ai failli décrocher le téléphone à côté de moi pour entendre ta voix.

Je me retiens de ça et de tout le reste, je partage mon temps entre ces dîners abjects pour lesquels je suis ici tout de même et le reste du temps à me languir de ton corps.

 

Je suis d’humeur maussade, peut être le temps.

Quinze jours sans toi me sont insupportables.

 

Je t’imagine devant le feu, dans ces dessous noirs que tu avais jeudi.

 

Je serais de retour Samedi prochain.

Rien n’est entre nous...

 

S. »

 

P.S.: J’ai commandé la Mercedes.

 

 

Greg laissa tomber sa main sur le canapé.

 

La Mercedes...

Elle attrapa le tableau et regarda de plus prés, rien, rien de plus…

 

Dans la salle à manger la chaise club rouge qui n’avait manqué aucuns détails vit Greg s’approcher d’elle.

 

Elle sentit les deux lettres se poser sur elle et le tableau vint s’appuyer en équilibre contre son dossier.

 

La femme ferma tous les volets, tira la porte et sortit.

...